Les reins sont des organes quasiment insensibles au même titre que le cerveau. Du coup, on ne sait jamais quand ils souffrent. C’est un problème en course à pied.
Les reins ne se plaignent presque jamais. Et pour cause! Le tissu interne de l’organe (parenchyme rénal) est dépourvu de récepteurs de la douleur. Certes, on peut avoir mal (…) Prenons l’exemple d’un coureur à pied. Dès le début de l’effort, le corps enclenche une redistribution sanguine (…) Heureusement, cette période de dysfonctionnement reste relativement brève. Après la course, la circulation revient vite à la normale, ce qui laisse aux reins la possibilité de se remettre de leurs émotions. Et si l’effort se prolonge? (…)
Les chercheurs recrutèrent 54 participants de L’Infernal Trail 2017, une course de 120 kilomètres dans les Vosges (4). Une première prise de sang leur était faite deux heures avant le début de la course et une autre juste après la ligne d’arrivée. Cette fois, les résultats des 24 finisseurs se sont révélés beaucoup moins alarmants et finalement un seul coureur présentait une concentration de créatinine dans le sang à un stade jugé critique. (…)
Cet étalement dans le temps a permis de mettre en lumière une chose tout à fait étonnante : le taux de créatinine augmentait jusqu’au 53e kilomètre avant de diminuer vers la fin de la course. Tout se passe comme si le rein était doté d’une sorte d’intelligence propre. Dans un premier temps, il se sacrifie. Mais lorsqu’il estime que la privation sanguine dont il est l’objet dure trop longtemps et qu’elle risque de lui porter préjudice, il rouvre les vannes. Extraordinaire, non?
Le silence des rognons
Jean-Charles Vauthier a voulu vérifier cette hypothèse. Le Trail scientifique de Clécy (Calvados) lui apparut comme la solution idéale pour mener à bien de nouvelles recherches. En novembre 2021, cette course avait été organisée dans le but de recueillir un maximum de données scientifiques sur l’ultra-endurance. Les 56 participants (13 femmes et 43 hommes) devaient courir (…)
Cette nouvelle étude venait donc en cohérence parfaite avec la précédente. En résumé, nos reins réagissent à l’effort par une vasoconstriction, ce qui entraîne logiquement une élévation des marqueurs de mauvais filtrage. C’est ce que l’on voit à l’arrivée d’un marathon. Mais si l’effort se prolonge (…)
Certaines questions restent cependant en suspens. Faut-il craindre par exemple la répétition du stress intense que constitue à chaque fois la participation à une épreuve d’endurance ou se pourrait-il au contraire que le corps réagisse en développant des moyens d’adaptation encore plus performants? Le prochain Trail de Clécy apportera peut-être de nouvelles réponses. Il aura lieu en novembre prochain.