Il porte un nom idiot. Mais il ne faut pas s’y fier. Le syndrome de l’essuie-glace est une véritable calamité. A la fois banal, invalidant, récalcitrant et surtout mystérieux.
Plusieurs affections portent des noms rigolos. On connaissait le syndrome du poisson pourri (triméthylaminurie), la maladie de l’homme de marbre (ostéopétrose) ou encore le “witzelsucht” (“soif de plaisanterie” en allemand), une forme de pathologie mentale qui consiste à rire de ses propres blagues tout au long de la journée. Dans cette triste galerie, le syndrome de l’essuie-glace ne dépareillera pas. (…)
A chaque reprise, la douleur revient. C’est déprimant. Un jour, elle disparaîtra pourtant sans qu’on sache toujours si le mérite de cette disparition doit revenir à la qualité de la prise en charge ou s’il s’agit d’une guérison spontanée. Aucun syndrome de l’essuie-glace n’est éternel. Ce sera notre seul réconfort.
Pulpe friction
Le syndrome de l’essuie-glace doit son nom aux mouvements des balais lorsqu’on roule sous la pluie. Ils passent et repassent pour chasser l’eau des vitres de la voiture. C’est aussi le sort d’un muscle sur le bord externe de la cuisse appelé tenseur du fascia lata. Un drôle de muscle, en vérité. (…)
Pour le médecin, le diagnostic n’est pas très difficile à poser. Une douleur sur le bord du genou qui ne survient qu’à l’effort en s’intensifiant au fil des kilomètres, cela laisse peu de place au doute. Pour s’assurer qu’il s’agit bel et bien du syndrome de l’essuie-glace, on peut alors procéder au test de Renne. On se tient droit sur un pied, celui de la jambe douloureuse, et on effectue une série de mouvements de flexion-extension (autour de 30°). Aussitôt, la douleur apparaît! Parfois, on peut même sentir le crissement caractéristique sous la pulpe de ses doigts. Si le diagnostic est aisé, la prise en charge du syndrome pose, elle, un tas de problèmes pratiques. L’explication de sa survenue aussi. (…)
(Intertitre) La grande illusion
Du point de vue anatomo-pathologique, le syndrome de l’essuie-glace est une inflammation du cartilage et des bourses séreuses à la jonction du condyle fémoral et du plateau tibial. Logiquement, on s’est dit qu’on pourrait en venir à bout grâce à un traitement anti-inflammatoire, sous la forme de cachets ou de pommades. Si cela ne marche pas, il arrive qu’on opte pour une infiltration locale à base de corticoïdes. En cas de nouvel échec, (…)
Le geste qui compte!
Pendant des années, les spécialistes se sont concentrés sur la zone de conflit. Aujourd’hui, on se demande s’ils n’ont pas fait fausse route. En tout cas, c’est la thèse de la biomécanicienne canadienne Chloë Lanthier, autrice d’un livre intéressant sur les pathologies des coureurs de trail (*). A ses yeux, on aurait tort de se focaliser sur la zone enflammée. Mieux vaut s’intéresser au fascia lata dans son ensemble. Pourquoi est-il si tendu? (…)
l’harmonie, Chloë Lanthier recommande de revoir sa façon de courir. Evitez les grandes foulées, les descentes rapides, les drops excessifs ou les attaques du talon. On doit apprendre à raccourcir ses foulées en se réceptionnant plus sur l’avant du pied. Ce gros travail de rééducation implique aussi qu’on se prête à des exercices d’une gymnastique spécifique.