Les montres qui sauvent!

Dans les écoles de secourisme, on apprend les fameux « gestes qui sauvent ». Dans cet article, nous verrons que la technologie aussi permet parfois de prévenir des drames grâce notamment aux nouvelles montres qui relèvent la fréquence cardiaque et bien d’autres choses encore. Lisez l’article complet dan le n°74 du magazine Zatopek. Loin d’être un gadget, le cardiofréquencemètre est au coureur ce que l’altimètre est au parachutiste: un équipement devenu vital dans la pratique de la course à pied. (…) Ces montres cardio fournissent quantité d’autres données importantes comme la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV) qui constitue un excellent indicateur du niveau de stress encaissé par l’organisme et donc des durées nécessaires pour la récupération après les séances. Grâce à ces nouveaux outils de haute technologie, on peut aussi connaître l’oxygénation du sang (SpO2), calculer sa VO2max et même établir un électrocardiogramme (ECG) afin de détecter d’éventuelles arythmies comme la fibrillation auriculaire (*). (…)
Christophe Scavée est à la fois coureur assidu, chef de clinique de l’unité de cardiologie aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles et auteur du livre Mon cœur, mon stress, ma santé paru en décembre dernier aux éditions Racine.
  Dans le doute, consultez! Dotées de toutes ces fonctions, on pourrait se dire que les nouvelles montres cardio remplaceront aisément la consultation chez le cardiologue. Pourtant, non. Prenons en exemple la mesure classique de l’ECG. Les montres utilisent deux électrodes situées entre la couronne sur le côté droit de la montre (électrode positive) et le dos métallique du boîtier (électrode négative) au contact de la peau. Techniquement, cela fait donc une dérivation pour elles alors que le même examen dans un cabinet médical en compte douze fois plus! « Malgré ce rapport défavorable, ces appareils portatifs s’en tirent plutôt pas mal », intervient notre cardiologue de référence Christophe Scavée. « Si les résultats sont moyennement impressionnants pour les arythmies spécifiques comme les extrasystoles ventriculaires ou pour la détection d’un infarctus, l’efficacité de ces montres est réellement bluffante dès lors qu’il s’agit de fibrillations auriculaires qu’elles détectent dans 98%” des cas. » Ces montres n’ont pas pour fonction de remplacer les spécialistes. Au contraire! Elles peuvent parfois mener à eux. « Si un patient me dit qu’il ne se sent pas bien et que sa montre a détecté un rythme cardiaque qui, lors d’un effort, a soudainement grimpé sans raison à 180 battements par minute ou parfois plus, j’en déduirai qu’il s’est passé quelque chose d’anormal et ce sera méticuleusement investigué. » Le docteur Scavée voit donc ces outils comme de précieux auxiliaires pour son travail de praticien. « Mon message aux coureurs? Estimez à leur juste valeur ces informations délivrées par votre cardiofréquencemètre. Et n’hésitez pas à demander de l’aide en présence de signes anormaux. » Dans sa pratique professionnelle, il lui est souvent arrivé qu’une telle alerte révèle un problème sous-jacent, alors même que les signes habituels de dysfonctionnement cardiaque étaient absents: douleurs thoraciques, essoufflement, baisse soudaine de performance. Il insiste là-dessus. Tout le monde doit se sentir concerné. « Les coureurs débutants sont bien sûr à risques compte tenu de leur éventuel passé de sédentarité ou en raison d’une pression artérielle parfois trop élevée. Mais ces recommandations valent aussi pour les coureurs assidus qui ne devraient pas se sentir à l’abri alors qu’ils sont sous la menace eux aussi. Parfois même plus encore que les débutants. » Et Christophe Scavée d’évoquer le cas de deux cyclistes professionnels passés dans son cabinet après des alertes décelées par leur cardiofréquencemètre alors qu’ils étaient engagés sur la Grande Boucle. « Après examen, l’un a pu poursuivre la compétition après un traitement adapté. En revanche, j’ai dû stopper l’autre en raison d’une tachycardie associée à une myocardite générant un terrain particulièrement arythmogène. Si un sportif peut guérir d’une myocardite, l’évolution du muscle cardiaque est incertaine. En phase aiguë, le pronostic est imprévisible. Et en phase chronique, la présence de cicatrices sur le cœur génère un risque accru de mort subite, rendant la reprise sportive particulièrement complexe et déconseillée dans ce cas-ci. » 
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, un coeur qui bat avec une régularité parfaite ne constitue pas un gage de bonne santé. Au contraire! Lorsqu’on analyse précisément les temps en millisecondes qui espacent les battements, on s’aperçoit qu’il varie beaucoup, ce qui est gage d’une bonne dynamique d’adaptation. C’est un peu comme lorsqu’on marche. Chaque pas rattrape les déséquilibres du pas précédent, alors qu’avec des pas d’égales longueurs, à tous les coups, on se casse la figure!
Les fibrillations mises en lumière Après le rythme cardiaque et la tension, un autre élément intéresse au plus haut point les cardiologues: il s’agit de la variabilité du rythme sinusal. La détection de cette variable est également intégrée dans ces modèles « high-tech »et permet de dépister la survenue d’arythmie grâce à la fonction « PPG ». Rien à voir avec la bonne vieille « préparation physique générale ». Ici, il s’agit ici du diminutif de « photopléthysmographie ». « Cette technologie optique mesure l’activité cardiaque basée sur la lumière projetée par la diode », nous explique le spécialiste. « Dans ce cas-ci, ce n’est plus l’activité électrique qui est mesurée mais l’activité mécanique liée à la circulation du sang dans les vaisseaux. » Normalement, le rythme cardiaque varie légèrement d’un battement à l’autre. Lors de l’inspiration, la fréquence cardiaque augmente. Lors de l’expiration, elle diminue. « C’est précisément cette mesure qui permettra de dire si le rythme est régulier ou pas. » Au contraire du déclenchement de l’ECG qui nécessite que le coureur pose son doigt sur la couronne de la montre, l’enregistrement de la variabilité sinusale se fait ici automatiquement, sans que le coureur se rende compte de quoi que ce soit. Les données recueillies ainsi sont évidemment très précieuses pour les spécialistes. Et le commun des mortels? Ne risque-t-il pas de nourrir progressivement une tendance à l’hypocondrie? Ici, le ton de Christophe Scavée se fait soudain plus grave: « lenombre de personnes touchées par la fibrillation auriculaire ne cessed’augmenter, particulièrement dans le monde occidental. Cette affection est souvent liée au surpoids, à la consommation d’alcool, à la sédentarité. Mais pas seulement. Parmi les victimes, on trouve aussi une proportion non négligeable de sportifs qui font pourtant tout ce qu’il faut pour rester en forme et en bonne santé. » Il met alors en garde ceux qui s’entraînent de façon très assidue contre les risques de surcharge avec des entraînements qui mettraient trop l’accent sur la résistance au lieu de privilégier l’endurance fondamentale. « En Europe, on estime entre 16 et 17 millions le nombre de personnes qui seront concernées par les arythmies à l’horizon 2050. D’expérience, je sais que beaucoup de personnes actives se sentent à l’abri, surtout dans les sports d’endurance comme l’aviron, le cyclisme, le ski de fond et, bien sûr, la course à pied. Mais c’est tout le contraire. Si l’on dépasse 5-6 heures de pratique par semaine, avec des séances à intensité très élevée, on multiplie par trois le risque de souffrir de fibrillation auriculaire.«  Il décrit alors une pathologie qui recrute préférentiellement ses victimes aux deux extrêmes du spectre, d’un côté les personnes inactives ayant de mauvaises habitudes de vie et de l’autre, celles qui s’entraînent de façon très intensive. « Pour pouvoir établir votre niveau sportif optimal, vous devez vous inscrire au bon endroit d’une courbe en U, c’est-à-dire dans une pratique sportive située entre 4 et 6 heures par semaine »,nous explique Christophe Scavée. Au-delà de cette charge, le risque repart à la hausse. Dans la littérature scientifique, on y fait référence via des expressions comme « OverTraining Syndrom » (OTS) en anglais ou « surentraînement »en français. En clair, on soumet son organisme à une charge de travail qui dépasse ses capacités d’adaptation. Parfois, les dégâts sont irréversibles. Et pas seulement sur les articulations. « Ce phénomène est souvent sous-estimé et certains des athlètes qui consultent n’ont jamais retrouvé leur niveau physique après s’être fait déborder par les exigences d’un entraînement excessif »,observe Christophe Scavée. Le cas du nageur australien Mitch Larkin illustre bien ce problème. Aujourd’hui, l’athlète ne fait pas secret du mal dont il a souffert et qui se traduit chez lui par des palpitations et un retour trop lent à un rythme cardiaque normal après l’effort. Le cas de Kilian Jornet est également très éclairant. En 2017, le coureur des sommets a traversé une période difficile avec des douleurs thoraciques et des arythmies qui l’ont amené à prendre du repos et à recalibrer l’intensité de ses séances. Même lui! Une inconnue à plusieurs variables Bref, pour la santé cardiovasculaire, rien ne sert de (trop) courir. Mais comment savoir si l’on est déjà ou si l’on pénètre en zone dangereuse? De l’aveu même de Christophe Scavée, c’est très complexe. Cette fois, il n’existe pas de test biologique simple pour le détecter. (…) Johan Debière   (*) Au contraire de la fibrillation ventriculaire qui constitue une urgence vitale et pour laquelle votre montre ECG ne vous sera d’aucune aide, la fibrillation auriculaire touche les oreillettes situées dans la partie haute du cœur. Celles-ci se contractent de manière irrégulière, entraînant un rythme cardiaque irrégulier, de la fatigue et des palpitations, ce qui augmente le risque d’AVC. Elles constituent un trouble cardiaque sérieux qui doit amener à consulter rapidement.  

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